Le décès de Michel
Michel est décédé en 2011, j’avais 66 ans. Le jour où tout a basculé, j’allais à ma répétition de chants liturgiques à la paroisse d’Aix. J’avais une petite voiture et Michel une BMW ; il m’a donc appelée avant de partir pour me donner les clés, afin que j’emmène mes amies chanteuses, car nous avions l’habitude de covoiturer. Nous étions dehors à ce moment-là, sur un terrain un peu en pente et, soudain, Michel est tombé. Il était paralysé.
Il a passé un mois et demi à l’hôpital sans que l’on sache ce qu’il avait réellement. À partir de ce moment-là, il ne m’a plus jamais regardée, ni parlé. C’était une période très dure et les enfants me demandaient souvent si ça allait, mais je ne me suis pas laissé abattre. Je devais continuer à vivre, à oser malgré son départ. Lors de son enterrement, toute ma chorale était là. Une vingtaine de personnes se sont déplacées et ont chanté en son honneur. J’ai été si émue.
Depuis, je prie, je pense à lui et j’avance, avec cette foi et cette joie de vivre qui restent grandes et larges, si larges qu’elles peuvent accueillir tant de monde.
Quand les voyages deviennent des pèlerinages
Au décès de Michel, j’aurais pu arrêter de voyager, mais j’ai continué, encore et encore. Michel avait, comme moi, un tempérament de feu, donc je sais qu’il n’aurait pas aimé que je reste sans rien faire. Il a eu de la chance d’avoir une femme comme moi qui suivait tous ses élans, et j’ai eu de la chance d’avoir un époux comme lui, si sociable et jovial. J’ai donc continué de vivre pour moi, pour les enfants et pour la vie. Alors, lorsque des voyages avec la paroisse ont été proposés, j’ai à chaque fois dit oui.
Mes voyages sont devenus plus spirituels, plus ouverts à la rencontre avec d’autres lieux de culte, d’autres villes tournées vers la religion. Il y a eu d’abord Rome, mon premier pèlerinage, grâce à une amie que je m’étais faite en randonnée lorsque je vivais à Marseille, Paulette Roche, et avec qui nous avions des points communs : le tennis et l’église ! C’était avec le diocèse de Marseille, mais elle m’y avait inscrite donc, malgré mon adresse aux Pennes-Mirabeau, j’ai pu me joindre à l’aventure. Direction la ville romaine et le Vatican, en bateau au départ de Toulon. Nous avons accosté à 100 km de Rome. Nous étions 400 personnes : des religieux, des chanteurs et chanteuses de chorale comme moi, et de simples pratiquants. Nous avons logé hors de Rome et avons ensuite pris le car pour prier, chanter et assister aux messes du prêtre et du Pape. Nous avons visité le Vatican et Rome. Partir avec une foi commune rend chacun d’entre nous encore plus chaleureux et plus ouvert. Assister aux messes du Pape et du prêtre fut un moment très privilégié.
Puis, j’ai continué de m’aventurer sur des terres saintes, comme celle de Jérusalem, pendant dix jours avec le diocèse d’Aix. Nous avons découvert Jérusalem, Bethléem et Nazareth. Nous étions 40 personnes et visitions ces pays en car. Nous sommes restés quatre jours à Jérusalem, où nous dormions à l’hôtel. Ce fut un dépaysement et un voyage très spirituel. J’ai eu peur à mon arrivée, car ce n’était pas une bonne période pour s’y rendre ; des avions volaient au-dessus de nos têtes pour surveiller la ville. Malgré ces tensions, nous avons été très bien accueillis et nous nous disions que nous étions protégés. Il vaut mieux s’y rendre en groupe. C’est grâce au prêtre du diocèse d’Aix, qui avait vécu à Jérusalem, que ce voyage a pu se faire. Nous nous sommes rendus au Mur des Lamentations et avons admiré toutes ces personnes qui ne cessaient de prier. Les femmes d’un côté, les hommes de l’autre. Ce moment fut bref mais intense. Un regard furtif sur des croyants comme nous, concentrés sur leurs prières. Tous les soirs, nous avions la messe, nous chantions et nous visitions les sites.
Le dernier pèlerinage avec le diocèse d’Aix a été à Fatima, au Portugal, pendant une semaine. Quel accueil, que de chants liturgiques, que de moments forts en émotions ! J’y ai goûté des plats exquis et j’en suis revenue encore plus épanouie. Tous les jours, nous assistions à des messes et entendions des chorales plus importantes encore. C’est vraiment l’amour qui nous reçoit lors des pèlerinages ; on se sent très bien accueillis, servis avec une grande gentillesse et une amabilité touchante. On se sent vite comme à la maison, même si nous étions très nombreux.
Un engagement fort : être accueillante aux obsèques
Après la mort de Michel, la paroisse m’a proposé de devenir accueillante aux obsèques. J’ai tout de suite dit oui et j’ai commencé la formation. Quand j’y pense, on dirait que nous sommes parfois destinés à certaines choses. Et j’étais destinée à cet engagement pour les obsèques pendant quelques années. Mes enfants s’interrogeaient et s’inquiétaient, ils se disaient que j’allais « voir papa tout le temps », mais je savais que non. Je me sentais capable de faire cette formation et je sentais que c’était le moment pour moi d’être dans l’accueil lors de ces moments si forts.
J’ai donc suivi une formation de deux ans ; tous les mois, nous allions du côté d’Aix et, après cela, nous avons été autorisées à célébrer à notre tour. Pendant douze ans, j’ai été accueillante lors des obsèques avec une amie. Notre rôle consistait à échanger au téléphone avec les pompes funèbres, puis à appeler les familles pour réfléchir avec elles à ce qu’elles souhaitaient partager. Ensuite, nous les rencontrions dans un local au village pendant une heure. Elles nous confiaient leurs souhaits de chants ou de lectures. En binôme avec mon amie, nous préparions la cérémonie, nous ajoutions les musiques. Ensuite, nous gérions ce qui se passait dans l’église, en respectant les volontés de la famille pendant 45 minutes à une heure. Nous avions le choix entre deux églises : celle des Cadeneaux ou celle de la Gavotte. Pour ce service, nous ne sommes que des femmes, et il y a des choses que nous ne pouvons pas faire comme les prêtres, par exemple donner l’hostie. Les familles étaient très reconnaissantes lorsque nous respections leurs vœux. Elles nous appréciaient, se sentaient proches de nous et nous prenaient presque comme des membres de leur famille.
Michel est décédé il y a maintenant quatorze ans, et j’ai l’impression que cet engagement m’a donné des ailes pour continuer à avancer. C’est d’ailleurs pour cette raison que je l’ai fait : je me sentais prête.
Mais, mon engagement en tant qu’accueillante a pris fin brutalement lors de cet accident en 2018. Ce jour-là, alors que je devais déposer ma petite-fille Kathleen au lycée de Vitrolles, je suis allée ouvrir le portail pour sortir et là, il s’est descellé par le bas et m’est tombé dessus, me faisant tomber au sol. Je devais rejoindre des obsèques juste après. Quand les pompiers sont arrivés, ils m’ont dit : « Mais où vouliez-vous aller si bien habillée ? » Et là, par terre, je leur réponds en souriant, après avoir pleuré : « Je partais faire des obsèques. » Ils ont rétorqué : « Moins deux, et vous les faisiez pour vous ! »
Isabelle a appelé mon amie Paulette pour lui dire que je ne pouvais pas l’accompagner. Paulette a insisté pour retarder les obsèques et venir me voir. Elle a dit : « Elle va partir à l’hôpital, il faut que je la voie ! » Elle a même tenu à monter dans le camion de pompiers avec moi, et après, elle est repartie faire les obsèques toute seule ! Depuis, nous continuons de nous voir et maintenant, Paulette a le courage d’animer les obsèques toute seule.
