CONFIDENCES D’UNE BENITOU DITE MIMI

Biographie d’une vie simple et forte

La vie de femme active, de mère et d’épouse de Mimi

Notre mariage

Michel et moi lors de nos fiançailles devant la DS 19 en 1963 

Ce jour-là, je n’ai pas chanté, j’étais trop émue par ce moment merveilleux. Dès 11h, tout le monde était réuni pour nous accompagner à la mairie. Une fois passés à la mairie, nous nous sommes rendus à l’église à 12h. Nous étions à pied, tout est à côté à Chanaleilles. Mon père m’a accompagnée à la mairie, car il fallait avoir 21 ans pour se marier et j’en avais 19, donc j’étais toute jeune. Puis, Michel s’est agrippé à mon bras, l’a serré contre lui, et nous sommes partis ensemble vers l’église. 

C’était un moment merveilleux, chargé d’émotion. Une centaine de personnes sont venues célébrer notre mariage. Nos familles sont nombreuses. Nous sommes quatre sœurs de mon côté, et Michel a cinq frères et une sœur. 

Nous sommes ensuite sortis de l’église après avoir dit notre fameux « oui ». Le photographe nous attendait ; il avait posé trois ou quatre bancs non loin pour prendre tout le monde en photo. 

Ensuite, nous sommes descendus à pied, tous ensemble, au petit restaurant. Les patrons étaient des amis à nous. Un repas très généreux nous y attendait. Michel, moi et nos familles avons donc apprécié le repas et avons dansé. Ce jour-là, j’ai tellement dansé ! 

Une fois le repas terminé, nous avons quitté le restaurant pour laisser les patrons ranger et préparer leur salle pour le repas du soir. Nous avons pris les voitures (la nôtre était bien décorée au passage !) et nous sommes rendus à Saugues, à 15 km de Chanaleilles. Arrivés là-bas, le garçon et la fille d’honneur, qui n’étaient autres que ma sœur Edith et mon beau-frère Rémy, nous ont promenés à bord d’une grande brouette pendant que tout le monde nous courait derrière. C’était enfantin, mais si drôle ! Heureusement que je n’avais pas une robe avec une traîne. Que de fous rires nous avons eu là-bas ! 

En fin de journée, vers 19h environ, nous sommes retournés au restaurant. Nos amis, les patrons, avaient préparé la salle et le repas, et nous avons mangé toute la nuit. La fête s’est terminée à 7h du matin. Nous mangions, dansions, riions. Et au petit matin, comme le veut la coutume, les invités m’ont offert un très joli pot de chambre. Il fallait que je boive et mange ce qu’il y avait dedans : du champagne et des biscuits à la cuillère. 
À 7h du matin, je suis enfin partie dans la famille de Michel, dormir chez ses parents. C’était la première fois que j’allais dormir chez lui ; nous avions attendu d’être mariés pour nous retrouver et dormir enfin ensemble. 

Michel et moi le 17 octobre 1964 – Notre mariage à l’église de Chanaleilles. 

En route pour Marseille

Huit jours se sont écoulés, puis nous sommes descendus à Marseille, car Michel devait reprendre le travail. Ce départ vers Marseille m’a procuré un sentiment d’aventure. À 19 ans, je ne réalisais pas trop que je quittais ma famille et que je m’installais ailleurs. J’étais excitée et joyeuse de commencer cette nouvelle vie aux côtés de Michel et dans une grande ville. Mais, pour mes parents, cela a été plus dur. Ils étaient très attristés de me voir partir si loin de chez eux. Mon père me disait : « Oui, tu vas loin », et ma mère ajoutait : « On ne va plus se voir ». J’avais une relation très fusionnelle avec mes parents ; en plus d’être la dernière, papa me disait toujours : « Tu es mon garçon manqué ». 

C’était parce que je l’aidais pour le bois, pour le foin. D’ailleurs, lorsque je suis partie, ils ont gardé la ferme encore un peu, mais quelques années après, ils ont loué leurs champs et leurs prés, et vendu leurs animaux. 
 

En 1964, je suis partie m’installer avec Michel dans une grande ville : Marseille. Nous nous sommes installés d’abord dans le 7ème arrondissement, juste en dessous de Notre-Dame de la Garde, puis dans le 9ème, à la Rouvière, cette résidence immense qui ressemble à une mini-ville. Nous avons ensuite acheté un bel et grand appartement à l’Allée des Pins, toujours dans le 9ème arrondissement. 

Ce goût de liberté : le permis de conduire

En 1968, j’ai passé mon permis de conduire. J’ai ressenti à ce moment-là une bouffée de liberté. J’allais pouvoir embarquer les enfants et partir à Chanaleilles ou au Villeret, conduire sans attendre mon mari qui travaillait beaucoup et nous rejoignait plutôt le week-end. 

Je me rappelle d’ailleurs cette première fois où j’ai pris la route vers la Haute-Loire avec Nicolas. Il devait avoir à peine un an. À l’époque, nous n’avions ni téléphone, ni GPS pour nous guider et c’était un long trajet pour une première : quatre heures de route entre Marseille et Chanaleilles. Le tout-petit était dans le landau à l’arrière et n’était pas attaché. Je me souviens de cette boule au ventre alors que je conduisais. 

Lors de mes premiers déplacements, je m’arrêtais souvent sur le trajet pour appeler d’une cabine téléphonique et dire à mes parents où j’étais. J’ai fait cela jusqu’au jour où j’ai enfin eu un téléphone portable ! Après ça, je me suis débrouillée toute seule, sans m’arrêter pour téléphoner. 

Des activités à temps plein : mère, épouse et femme active

Parler de mes enfants, c’est facile, comme une lettre à la poste. Si on me pose la question de savoir comment je suis en tant que mère, je réponds que ça va, ils sont, je pense, assez contents de moi.  

Je suis tombée enceinte d’Éric, qui est né le 10 octobre 1965. A la différence de ma mère qui avait accouché à la ferme, j’ai accouché à la maternité de notre quartier. Le 10 novembre 1966, treize mois après la naissance d’Éric, est née ma fille, Isabelle. Le 3 octobre 1968, c’est au tour de Daniel ; j’avais 23 ans. Puis, bien plus tard, naîtra Nicolas, le 6 avril 1983. J’avais 38 ans.  

Lorsque j’ai su que j’étais enceinte de Nicolas, je n’ai pas osé le dire, c’est Michel qui l’a annoncé aux enfants. Les aînés étaient grands, Éric avait 17 ans, donc ils ont une sacrée différence d’âge avec Nicolas.  À ce moment-là, mes amies me disaient en souriant : « Tu vas retourner dans les couches, dans le pouponnage ! » Et une fois Nicolas né, toutes mes amies étaient là pour lui offrir des cadeaux et le pouponner aussi. 

Michel travaillait beaucoup, il multipliait les chantiers en ville dans le bâtiment. Moi, en parallèle, je remplissais mon agenda et m’occupais des enfants, de la maison, et de Michel aussi ! Ce qui n’était pas rien, car Michel adorait accueillir et organiser de grandes tablées avec les amis et la famille. Il y avait donc toujours du monde à la maison. 

En plus de toutes ces choses à faire et étant de nature très dynamique, je multipliais les activités. Le chant liturgique à l’église me nourrissait énormément. J’ai aussi découvert le tennis, que j’ai pratiqué pendant douze ans. Je me suis aussi liée d’amitié avec des parents à la maternelle, et grâce à ces rencontres, j’ai découvert la randonnée, que j’ai longtemps pratiquée dans les Calanques. Qu’importe où j’étais, je faisais en sorte d’être toujours connectée à la nature, qu’elle soit campagnarde ou méditerranéenne. 

Malgré toutes ces activités à Marseille ou aux Pennes-Mirabeau, la ferme me manquait. Mon mari et moi avons donc fait construire une maison de campagne à Chanaleilles, dans le village d’enfance de Michel. J’ai donc commencé à y monter souvent avec les enfants. Cette maison, nous la revendrons quelques années après le décès de mon mari. 

Quelques années plus tard, lorsque les plus grands ont grandi et obtenu leur permis, nous avons déménagé avec mon mari et Nicolas, le petit dernier, aux Pennes-Mirabeau, où nous vivons depuis. 

Avec mes quatre enfants au bord de mer, le jour de mes 80 ans à la plage d’Agde – Daniel, Isabelle, moi, Nicolas et Éric 

Notre maison familiale à Chanaleilles

Nous n’avions pas mis de piscine car il faisait trop froid mais le terrain de tennis était là. Comme j’adorais le tennis, Michel l’avait fait construire. Je jouais donc avec les enfants et nous apprenions ensemble. Michel ne pratiquait pas le tennis, ce n’était pas son truc. Il n’aimait pas trop courir… Dans cette maison, il y avait toujours du monde. Nous faisions des méchouis derrière le terrain de tennis et qui pouvaient accueillir jusqu’à 120 personnes. 

Notre doux Villeret reste gravé en nous tous. Plus tard, avec mon mari, nous construirons une belle maison à Chanaleilles pour pouvoir continuer de nous y rendre. Dès que les vacances arrivaient, nous partions, les enfants et moi, à Chanaleilles, où mon mari nous rejoignait. La maison de mon enfance au Villeret, ce lieu où j’ai grandi et bâti des milliers de souvenirs, a été récupérée par le fils de ma sœur Yvonne. Patrick habite Uzès mais a pu retaper ce lieu ressource. Située au milieu du village, cette maison est restée dans la famille, et il peut s’y rendre régulièrement.  

Chanaleilles reste un lieu d’accueil où ma belle-famille réside. J’y vais souvent, avec les enfants, les petits-enfants, mes belles-sœurs et mes cousines. Je revois tous ces moments passés à accueillir sans cesse la famille : les cousins, les cousines. Mon mari aimait la fête, nous avions donc toujours du monde, à Marseille comme à Chanaleilles. Nous faisions souvent des méchouis dans le jardin pour partager d’excellents repas. 

Les beaux voyages en famille

Un an après notre mariage, en 1965, j’avais 21 ans. Nous n’avions pas fait de voyage de noces, mais grâce au travail de Michel, nous avons eu l’opportunité de partir à Édimbourg avec tous les corps de métier du bâtiment de son entreprise. C’était notre premier grand voyage ! Nous étions 400 personnes et nous avons été reçus dans un magnifique hôtel. À cette époque, il y avait de la moquette sur les murs et sur les sols, c’était somptueux. Cela nous a tellement plu que, lorsque nous avons eu notre maison de campagne, nous avons nous aussi mis de la moquette très épaisse sur les murs. C’était beau, mais pas très pratique pour le nettoyage ! Pendant ce séjour, mon mari pouvait dialoguer avec les autres artisans. En Écosse, on portait encore le toast à la reine d’Angleterre. À l’hôtel, nous étions chouchoutés : repas, visites d’Édimbourg… Les moquettes, elles, ont bien changé depuis ! 

Nous avions déjà Éric, Daniel et Isabelle, mais cela ne nous a pas empêchés de partir de nouveau avec l’entreprise. Cette fois, c’était aux États-Unis. Nous avons fait garder les petits par ma sœur ou ma belle-sœur et avons filé en Amérique lors d’un voyage organisé une nouvelle fois par le travail. Je devais avoir 25 ans, je pense que nous étions dans les années 70. Ce voyage encore offert nous a permis de visiter la Philadelphie, New York, Washington et de passer huit jours en Floride. Je me souviens d’avoir vu la Maison-Blanche de l’extérieur et d’avoir pris l’hélicoptère pour survoler New York. À cette époque, les tours jumelles étaient encore là, et nous les avons vues d’en haut. Le plus impressionnant, c’était lorsque l’hélicoptère passait entre les tours. Je me rappelle cette peur et ce vertige que je ressentais. Mais heureusement, le pilote et mon mari me rassuraient en me disant que je ne risquais rien. Des années plus tard, le 11 septembre 2001, lorsqu’il y a eu l’attentat et que j’ai vu ces tours s’effondrer, j’ai été bouleversée ; j’avais l’impression d’être encore là-haut avec eux. 

Nous avons eu beaucoup de chance, car ces deux voyages nous ont été offerts. Bien sûr, mon mari avait un poste important et assurait un grand rendement. Après avoir été chef de chantier et avoir travaillé avec son oncle sur les bateaux, il avait rejoint cette entreprise et s’investissait énormément. Plus tard, il allait ouvrir sa propre société et travailler d’arrache-pied. Ces vacances, nous les méritions. 

De mon côté, je ne travaillais pas pour cette entreprise, j’ai donc eu la chance de partir aux côtés de Michel. Cependant, je n’étais pas toujours à l’aise lors de ces voyages d’affaires. Bien souvent, les couples travaillaient pour la même société et ne parlaient que de leur travail. Moi, je me sentais parfois de trop, c’était pénible. J’étais timide et réservée, car je ne travaillais pas avec eux. À Édimbourg par exemple, j’avais seulement 21 ans, j’étais jeune. Moi qui venais du Villeret, je découvrais des endroits incroyables. Je n’avais pas connu tant de belles choses ; la plus grande ville que j’avais vue, c’était Lyon. À chaque décollage, je ne savais même pas où j’allais atterrir. 

Mais ce sont les voyages suivants qui m’ont véritablement plu, ceux que nous organisions nous-mêmes : avec Michel en tête-à-tête, puis avec nos enfants, et même ce fameux voyage avec mes sœurs et ma belle-sœur. Là, je n’étais pas confrontée à cette situation gênante où tout le monde parle d’un sujet qui m’est étranger. 

Alors que les enfants étaient encore jeunes, nous les avons fait garder et sommes partis au Kenya avec nos cousins du Puy-en-Velay, Yves et Edith Messe.  

Plus tard, grâce à une agence de voyage, nous avons découvert le Sri Lanka, et nous sommes aussi allés à La Réunion, juste tous les deux avec Michel. Ce que nous cherchions, c’était de découvrir le pays, sa culture, sa nature et de rencontrer des personnes chaleureuses. Michel travaillait de 6 heures du matin jusqu’au soir, et moi aussi, j’avais un sacré rythme entre la maison, les enfants, les papiers, les courses, les grands repas et mes activités. S’octroyer des vacances tous les deux étaient donc un vrai cadeau ! Le Kenya, c’était pour les safaris. Incroyable ! La faune et la flore m’ont tellement dépaysée. C’était magnifique. 

Avec les enfants, notre premier grand voyage, et pas des moindres, a été dans les îles Grenadines, les Petites Antilles. Un dépaysement total, un rêve qui se réalisait ! Michel avait toujours souhaité aller dans les îles. Nous sommes partis avec les aînés, Éric, Daniel et Isabelle, ainsi qu’un couple d’amis et leur fille. Nous avons embarqué sur un voilier pour dix jours, naviguant d’île en île. Les couleurs de l’eau, les palmiers au bord des plages, le sable fin, le calme et la sérénité de la mer des Caraïbes, tout y était. Les propriétaires du bateau nous préparaient les spécialités locales, comme les accras de morue. Quel régal ! Nous avons fêté Noël à bord, c’était un bonheur incroyable. Tous les soirs, nous accostions sur une île différente pour en apprécier la splendeur. Les enfants avaient environ 14 ans ; ils en gardent de merveilleux souvenirs et ont adoré. C’était paradisiaque. 

Quelques temps plus tard, alors que les aînés étaient adolescents, nous nous sommes envolés pour un séjour de dix jours aux Seychelles puis à l’île Maurice. Pour un couple qui n’avait pas eu de voyage de noces, nous nous sommes bien rattrapés et en avons fait toute notre vie ! Mes enfants ont préféré les Seychelles car ils s’y sont fait des copains, mais moi, j’ai préféré l’île Maurice, moins touristique et plus apaisante. Nous avons vu les tortues, marché au bord de l’eau, profité de ces plages immenses au sable blanc et fin qui donnaient l’impression d’être seuls au monde. Un silence rompu seulement par le bruit des vagues et des journées rythmées par des repas au bord de mer ou à l’hôtel. 

Et bien sûr, j’ai osé faire des voyages sans mon époux. Le plus mémorable fut celui au Maroc avec mes deux sœurs, Edith et Yvonne, et ma belle-sœur Marie-Louise, la femme d’Aimé. Nous avions décidé de laisser nos maris pour huit jours et de partir entre femmes. Marie-Louise était déjà veuve depuis des années. Yvonne n’était jamais allée au Maroc mais elle avait travaillé à Alger à la poste pendant deux ans lorsque je vivais encore au Villeret.  

Nous avons pris l’avion pour Ouarzazate, puis un car pour un trajet de 300 kilomètres jusqu’à Marrakech. Quelle idée ! La route était plutôt un chemin de terre étroit, sinueux et plein de bosses. Nous avons failli faire demi-tour tant ma sœur Edith avait le mal des transports. Le chauffeur a dû s’arrêter plusieurs fois.  

À Marrakech, nous avons logé dans un hôtel où les gérants, adorables, nous appelaient « ma gazelle ». Qu’est-ce que ça nous faisait rire ! Nous y avons passé huit jours et avons été si bien accueillies. Le soir, les gérants nous attendaient à l’entrée et nous disaient : « Venez, on vous a déjà préparé la table ! » Le dernier soir, ils nous ont invitées à nous habiller en djellabah pour fêter notre départ. Nous étions magnifiques et n’arrêtions pas de rire. Nous étions toutes les quatre si joviales. Un voyage entre femmes est très différent. Nous nous étions régalées. L’approche avec les habitants du pays est plus rapide ; ils sont restés très respectueux, mais nous avons pu faire de belles rencontres et beaucoup rire.