CONFIDENCES D’UNE BENITOU DITE MIMI

Biographie d’une vie simple et forte

Les piliers de ma vie

Mes soeurs et moi : des chemins bien différents mais des coeurs toujours unis

Avec mes quatre enfants au bord de mer, le jour de mes 80 ans à la plage d’Agde – Daniel, Isabelle, moi, Nicolas et Éric 

Je suis la dernière à avoir quitté la maison. Mes sœurs étaient déjà parties suivre leurs destins : Jeanine dans la vie religieuse au Puy-en-Velay, Edith et Yvonne à Lyon. Mais, malgré la distance, nous sommes toujours restées proches et nous nous appelons beaucoup. En 2024, nous nous sommes même retrouvées toutes les trois, un moment précieux. 

Et puis, il y a ce point commun avec Jeanine qui nous lie énormément : l’importance de la religion et cette foi qui nous accompagne chaque jour. Je ne suis pas entrée dans les ordres comme elle, car je me suis mariée, mais la foi m’accompagne tout autant. Des messes du dimanche à la chorale où je chante, en passant par mes pèlerinages ou ma formation pour animer les obsèques, elle est partout. 

D’ailleurs, lorsque Michel est décédé, alors que je continuais de voyager avec le diocèse, de chanter et même d’animer les obsèques, Jeanine m’appelait. Elle me disait de continuer à faire tout cela, que ça me faisait du bien et que c’était merveilleux, tout ce que j’entreprenais. C’était une façon pour moi de dire oui, encore et toujours, à la vie.

Mes sœurs, moi et maman au milieu pour les 50 ans de la vie religieuse de Jeanine – le 7 juillet 2002 – on était dans la chambre de maman au Puy en Velay

Mon mari, ce partenaire de vie

Michel, ce mari adorable. 

Quand je balaye le passé aujourd’hui, je réalise à quel point je n’ai manqué de rien. Bien sûr, il aimait la fête, donc nous avions toujours du monde. C’était beaucoup de travail pour moi : je cuisinais et je m’occupais de tout pendant qu’il avait les pieds sous la table. Mais en parallèle, cet homme, qui travaillait tant, a parfaitement subvenu aux besoins de sa femme et de ses enfants. Nous ne manquions de rien. Il gérait une grande entreprise avec une centaine d’ouvriers, deux chefs de chantier et quatre secrétaires. Plus tard, il a dû diminuer les effectifs, mais il aimait profondément son travail. 

Et, malgré cette vie de famille bien remplie, nous prenions du temps pour nous : les restaurants, les voyages, nos moments à nous, nos fous rires… 

Tout me passait au-dessus, même s’il rentrait tard. Parfois, je fronçais un peu les sourcils et je le grondais gentiment pour l’heure, mais je finissais toujours par lui servir à manger. C’est certainement ma joie de vivre, mon amour pour la vie et cette capacité à relativiser qui me faisaient agir ainsi. 

C’était un homme très généreux, pour ses enfants, pour moi, et même pour ses amis. Il offrait toujours. Aux Pennes-Mirabeau, lors de son décès, le prêtre n’en revenait pas. Il y avait tellement de monde qu’il m’a dit n’avoir jamais vu autant de personnes à un enterrement : ses anciens ouvriers, ses amis de la Haute-Loire, ses amis d’enfance, toute la famille… Même ma chorale était là ! 

C’est à la maison, aux Pennes-Mirabeau.. Un repas où il y avait surement du monde, car mon mari adorait recevoir autour d’une grande table. Par contre, une fois assis, il ne bougeait plus ! C’était une grand. 

La famille s’agrandit : grand-mère, arrière-grand-mère, le chemin continue

Devenir mamie, ça a été un vrai bonheur ! Et avec le temps, la famille n’a cessé de s’agrandir. J’ai aujourd’hui la joie d’avoir sept petits-enfants : Vincent, Coralie, Manon, Kathleen, Merryl, Tania et Zoé. Et je suis même devenue arrière-grand-mère de trois adorables garçons : Louka, Sandro et Gianni. Une grande famille, comme je les aime depuis toujours ! 

Comme je ne travaillais pas, j’ai eu la chance d’être très présente pour eux. J’ai donc tout naturellement continué à m’occuper de mes petits-enfants, comme je l’avais fait pour les miens. Dès qu’il y avait besoin, j’étais là. Je les prenais avec moi, nous allions chez mon fils Nicolas pour qu’ils se baignent dans la piscine. 

Puis, lorsque je conduisais encore, je les embarquais pour la Haute-Loire. Nous partions ensemble, et mes enfants nous rejoignaient plus tard. Là-haut, nous retrouvions les cousins qui étaient déjà sur place. Bien sûr, quand tous les enfants étaient avec moi, il fallait qu’ils m’écoutent. Je pouvais être sévère, car avec autant de monde, il faut bien un peu d’autorité, mais c’étaient surtout des moments de grande joie. 

La valeur transmise par mes parents : l’amour du travail

À la ferme, j’étais la petite dernière. Mes sœurs étaient déjà parties lorsque j’ai commencé à m’occuper pleinement des lieux avec papa et maman. Nous étions très proches ; je travaillais pour eux, du matin au soir. Je ne disais jamais non au travail qu’on me demandait, je m’exécutais, et toujours dans la joie et l’amour du travail bien fait, car c’est ce que mes parents m’ont enseigné. Ils m’ont appris à travailler, à respecter et à toujours être à l’heure. 

Même à 16 ans, lorsque j’allais danser, je rentrais à 18 heures maximum pour m’occuper des bêtes. Je n’oubliais jamais mes responsabilités et je ne m’opposais jamais à une tâche demandée. J’aimais profondément ce travail que j’avais appris à la ferme. 

Et cet amour, ce respect du travail, a continué à infuser toute ma vie. Une fois mariée, ces valeurs sont restées ancrées en moi. Je suis une femme active. J’ai toujours jonglé entre l’éducation de mes enfants, la gestion de la maison, les repas, souvent pour une troupe, mon mari, l’administration et mes nombreuses activités, que ce soit la randonnée, le tennis ou le chant. Mes parents m’ont appris à aimer cette vie dynamique et à ne jamais me reposer sur mes lauriers. Toute ma vie, je serai comme ça.  

L’église et le chant : une histoire de longue date

L’église a d’abord été une histoire de famille. Avec mes parents, nous y allions tous les dimanches. Puis, le chant liturgique est très vite devenu une véritable passion. Une fois installée à Marseille, puis aux Pennes-Mirabeau, ce rituel de me rendre à la messe est resté, et le chant avec. J’ai rejoint la chorale d’Aix, qui compte soixante membres ! Dans cette paroisse que j’ai rejointe il y a plusieurs années, je me suis fait des amies ; des amitiés simples, fortes et sincères. 

Aujourd’hui, je chante encore. Cela fait partie de moi et cela me met tellement en joie. J’ai d’ailleurs dit à mes amies de la chorale : « Le jour où je partirai, vous connaissez mes chants, vous savez ceux que j’aime et je souhaite que vous les fassiez vibrer le jour de mon départ. » 

Je n’ai pas imposé la religion à mes enfants, pas du tout. Mais il y a quand même une de mes petites-filles qui chante, c’est Tania, la fille de Nicolas. Ce n’est pas du chant religieux, mais elle chante aussi, et pour moi, c’est pareil ! Cela fait sept ans qu’elle chante et j’ai eu la chance d’aller la voir se produire avec son orchestre. 

La foi, c’est mon espace à moi, mon moyen de me recueillir, d’avancer également avec cette joie de vivre qui me caractérise. 

Lorsque Michel est décédé, le fait d’appartenir à la paroisse m’a énormément aidée à avancer. En plus de mon entourage très présent, avec mes enfants et mes petits-enfants qui sont toujours à mes côtés, la paroisse a été un refuge. Les pèlerinages, l’accompagnement des familles pour les obsèques, la chorale… tout cela a représenté des moments gratifiants où la bienveillance et la gratitude m’ont permis de surmonter la douleur et de continuer à sourire à la vie, même dans les moments difficiles. 

Le jour de l’enterrement de Michel, en plus de tous nos amis, de ses collègues, de ses employés et de la famille, ma chorale était là. Elle a animé les obsèques pendant presque deux heures à l’église des Pennes-Mirabeau. J’avais traversé un mois terrible avant son départ. Sa paralysie, le fait qu’il ne me regardait plus, qu’il ne me parlait plus à cause de sa chute… tout cela a été une épreuve, mais le soutien autour de moi a été si fort, et j’ai surtout choisi de continuer à vivre malgré son absence. Car c’est important de continuer à vivre, pour soi, pour les autres, de rêver, de voyager, d’aimer. Et puis, à chaque messe, à chaque pèlerinage, j’avais une pensée pour lui. 
Et aujourd’hui, du haut de mes 80 ans, j’ai une amie qui continue de venir me chercher tous les dimanches pour que je puisse aller chanter à la messe.