CONFIDENCES D’UNE BENITOU DITE MIMI

Biographie d’une vie simple et forte

L’enfance de Mimi

Je trinque alors que je ne bois pas ! août 1993 – Je ne bois que de l’eau mais là on voit qu’il n’y a pas que de l’eau. Aux Pennes-Mirabeau. 

Doux hameau de Villeret

Je suis née le 24 mai 1945 au hameau du Villeret, situé dans la Haute-Loire. Comme c’était courant à l’époque, je suis née à la maison, tout comme mes sœurs aînées avant moi : Jeanine, née le 13 juillet 1932, Yvonne, née le 8 janvier 1935, et Edith, née le 4 décembre 1942. C’est à la ferme que j’ai poussé mes premiers cris et fait mes premiers pas, entre les vaches, les cultures de blé, de pommes de terre et le potager. 

Mes parents, Noëlie et Jean Panefieu, s’étaient installés dans cette ferme juste après leur mariage, avant de fonder notre famille. En plus de s’occuper en permanence des animaux et des terres, mon père, Jean, travaillait à La Chazette, où il était gardien d’un château, un peu plus haut que Chanaleilles. J’ai grandi dans ce petit hameau et j’ai appris très vite le travail de la terre. Dès mon plus jeune âge, j’ai mis les mains dans la terre, à repiquer et à replanter. Au Villeret, nous étions peu nombreux, mais nous nous entraidions tous les jours. D’ailleurs, c’est une de nos voisines qui est restée auprès de ma mère et qui a veillé sur elle lors de son accouchement. Je ne me souviens plus de son prénom, mais je me rappelle toutes les voisines et cette grande fraternité qui nous unissait. 

Mon surnom : Mimi

J’avais à peine quatre ans. Au hameau, tout le monde me connaissait déjà comme la boute-en-train. Je bougeais beaucoup, je courais partout, je souriais tout le temps. J’aimais la vie. Les gens du village riaient et s’interrogeaient sur mon prénom : « Marie, mais pourquoi Marie ? Votre fille est bien trop dynamique, joviale et enjouée pour porter un prénom si sérieux ! » C’est ainsi que mon surnom est né. On m’a appelée Mimi, et on continue de m’appeler ainsi, même à 80 ans ! Seule ma belle-fille Céline m’appelle Marie, mais sinon, tout le monde m’appelle Mimi. 

Mes sœurs, Jeanine, Yvonne et Edith, n’avaient rien à voir avec moi. Elles étaient bien plus calmes, moins actives à la ferme. Pendant qu’elles restaient à la maison, je m’occupais de tout avec mes parents. D’ailleurs, même lorsqu’elles étaient présentes, mon père ne leur demandait jamais d’aller chercher un outil. C’était toujours moi qu’il appelait. J’étais peut-être un peu réservée, mais pas timide, et puis, tout le monde me connaissait au hameau. 

Le travail à la ferme

Dès mon plus jeune âge, je me suis activée à la ferme. J’aimais m’occuper de nos sept ou neuf vaches. Accompagnée de nos deux chiens, je les emmenais au pré pour brouter, puis je les ramenais. Je suis rapidement devenue autonome. Mes parents me faisaient confiance et comptaient sur moi. Je les trayais matin et soir, toujours à la même heure. Tout ce travail, je l’ai appris avec maman, qui m’a enseigné toutes les tâches essentielles à la bonne tenue d’une ferme : les animaux (poules, cochons, lapins, vaches), la terre, le blé, les pommes de terre, la culture des légumes. Nous avions du travail du matin au soir ! Il ne fallait pas traîner et ne jamais refuser une tâche. 

En parallèle du travail à la ferme, il y avait une petite école communale dans le hameau. J’y allais avec tous les enfants, de 7 à 12 ans, pour apprendre à lire, à écrire et à compter. À 12 ans, j’ai passé mon certificat d’études et je l’ai obtenu ! Mais je ne suis pas allée plus loin.  

Mes sœurs avaient déjà quitté le bercail pour étudier, travailler ou se marier. Lorsqu’elles revenaient à la ferme, elles nous aidaient à effectuer les travaux. Quant à moi, maman m’a demandé de rester. L’instituteur voulait que je poursuive mes études, que je parte au Puy-en-Velay, mais maman m’a dit qu’il y avait beaucoup de travail à la ferme et qu’ils avaient besoin de moi. J’étais leur dernière, et un peu le garçon qu’ils n’avaient pas eu, m’ont-ils avoué un jour ! 

Je m’occupais du linge aussi. J’allais le laver à la rivière, puis je le ramenais mouillé et je l’étendais. Parfois, j’allais au lavoir avec les voisines.  

À cette époque, nous n’avions ni machine à laver, ni téléphone, ni télévision. 

« Mes parents et moi à la ferme. Je suis ravie, comme d’habitude de les aider avec les vaches. Papa est devant, maman marche derrière et moi, telle la vraie travailleuse que je suis, je les aidais à s’occuper des vaches. Là nous sommes dans un champ. Aujourd’hui, il y a des machines mais nous a l’époque, nous avions des bêtes de trait pour nous occuper des champs. C’était très très physique. » 

Nos veillées, ces moments doux à la ferme

À la nuit tombée, notamment pendant les trois mois d’hiver, il faisait terriblement froid au Villeret. Il fallait donc trouver des moments pour se retrouver et se réchauffer. Ces moments, c’étaient les veillées. Chaque soir, nous nous retrouvions avec les habitants du hameau, chez l’un ou chez l’autre, pour veiller ensemble au coin du feu. C’était l’occasion de discuter, de boire des tisanes et de parler de nos journées de travail éreintantes. C’était aussi le moment de broder ou de tricoter. C’est d’ailleurs lors de ces soirées que j’ai brodé mon trousseau de mariage avec mes initiales : M.P., les mêmes que celles de mon futur mari, Michel Pontier. 

Mes parents à la retraite au Villeret mais photo prise chez nous à Chanaleilles. 

Ma rencontre avec le chant liturgique

Notre moment de pause, c’était le dimanche. Tous les dimanches, qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il vente, nous nous habillions avec soin pour nous rendre à l’église à Chanaleilles. Nous délaissions nos bêtes pour nous recueillir le temps d’une matinée. Tous les habitants du Villeret se rendaient à la messe, c’était notre grande sortie. Il fallait marcher pour s’y rendre : 3 km à l’aller, et 3 km au retour.  

Nous avions un vêtement pour le travail en semaine, et le dimanche, notre beau vêtement pour la messe. Maman tenait à ce que nous soyons coquettes. Elle me faisait une belle coiffure pour mettre en valeur mes cheveux frisés. 

Dans ma famille, nous étions très croyants et très pratiquants. Ma sœur Jeanine est d’ailleurs devenue religieuse dominicaine. De mon côté, je me suis tournée vers le chant liturgique. C’est un chant chrétien qui accompagne la liturgie de la messe. J’ai commencé à chanter à l’église à 7 ans, et les gens de la paroisse se sont vite rendu compte de mes qualités. Je prenais des cours avec une dame qui jouait du piano.  

Ce goût pour le chant est devenu essentiel dans ma vie. Même après mon départ du Villeret, j’ai continué à chanter dans une chorale liturgique pendant 25 ans à la cathédrale d’Aix-en-Provence. Et même à 80 ans, je chante encore. 

Les petits gestes de ma mère

Lorsque je pense à elle, je me revois, j’avais 10 ou 11 ans. C’était ma communion solennelle. Pour ce grand moment dans ma vie, maman m’avait acheté une tenue. Je revois son geste dans la cuisine lorsqu’elle repassait avec délicatesse ma robe. Elle tenait un fer à repasser noir à charbon dans une de ses mains et elle le faisait glisser sur mon vêtement. J’étais assise, inquiète à l’idée qu’elle brûle ou tache la robe mais elle faisait cela avec tellement de douceur.  

Je me souviens de ce merveilleux et délicieux riz au lait que maman me préparait tous les jours. Chaque fois que je revenais des champs ou des prés, fatiguée et éreintée par la journée de travail, un bol préparé avec amour par maman m’attendait sur la table. Dès 7 ans, j’ai commencé à travailler et ce riz au lait, qu’est-ce qu’il me réconfortait. 

Mon premier pas hors de la ferme

Je travaille tous les jours à la ferme, je suis indispensable. Je vais au pré, accompagner de mes vaches. Je les fais brouter, je les ramène et je les trais. Maman m’a enseigné tout ce qu’il fallait savoir et faire pour bien s’occuper de la ferme et je suis devenue experte. Mais à 12 ans, j’ai besoin de prendre l’air, de voir autre chose. Mes sœurs ne vivent plus avec nous depuis plusieurs années et moi, j’ai besoin de découvrir autre chose. Je me lance, je vais faire les vendanges dans le Gard à Vauvert. Au mois de septembre, je quitte donc pour la première fois notre maison familiale pour apprendre à récolter le raisin. Nous sommes en 1960, je pars avec d’autres jeunes des alentours. Nous étions 30 personnes à bord d’un car, et je ne connaissais personne. Je suis la plus jeune. Et là, je découvre les vendanges. C’est dur et fatigant mais c’est un plaisir aussi. 

Mes parents sont très modestes, ils ont peu d’argent. C’est donc évident pour moi de leur donner un peu d’argent et surtout en faisant deux saisons de vendanges entre mes 11 et 12 ans, j’offre à mes parents une belle cuisinière à gaz. Avec cet achat, ils délaissent leur bon fourneau à bois qui malgré nos 1200 m d’altitude, nous avait permis d’avoir toujours des plats chauds, de chauffer le bois et ainsi de ne pas avoir froid dans notre maison.  

Lors de ces vendanges, je me fais amie avec la fille des patrons que je rejoins tous les soirs une fois le travail fini. Me faire une amie me permet d’être plus sereine et moins anxieuse dans ce nouvel environnement. Je finis même par manger tous les soirs avec les patrons. J’ai découvert aussi la ville de Vauvert, cela changeait de mon hameau et de ces quelques habitants.  

À l’âge de 15 ans, je pars à Lyon pendant 6 mois pour travailler dans les usines notamment pour l’usine Magnéto France. Ce travail dure le temps d’un hiver car à la ferme, en hiver, les travaux sont au ralenti. Je m’y rends en train ou en bus et je vais chez ma sœur Yvonne et son mari Raymond qui se sont installées là-bas.  

C’est dans l’usine où Edith travaille toute l’année que je vais, une usine où ne travaillent que des femmes. Je fais du bobinage c’est-à-dire que je dois monter des petits moteurs pour les trancheuses à jambon. Il fallait être vigilantes lors du montage car à la moindre erreur, on devait recommencer. Après cette escapade, je suis retournée à la ferme avec les parents pour travailler au Villeret. 

Pendant les vendanges, j’avais été élue Miss Vendanges à Vauvert – je devais avoir 14 ans. J’étais la plus jeune de toute l’équipe et tous les soirs j’allais chez les patrons car leur fille était devenue une amie !

Mes premiers bals et ma rencontre avec mon futur mari

À 16 ans, les samedis après-midi, c’étaient les virées au bal. Nous filions avec Raymonde Veyrier et partions, enjouées au bal situé à Chanaleilles.  

Bien entendu, avant de partir danser, je n’oubliais pas de faire le nécessaire à la ferme. Pour s’y rendre, les premiers temps, nous y allions à pied, plus tard, ce sera en bicyclette et bien plus tard, à mobylette. Cela me faisait gagner du temps car à 18h, je dois être à la maison pour traire les vaches.  

Comme j’aime chanter, j’aime aussi danser. Pour se rendre au bal, il y a quand même quelques kilomètres. Un jeune homme qui n’est autre que le voisin de Michel nous accompagne donc en voiture au bal. Je ne connais pas encore Michel mais plus tard, j’apprendrais que c’était son voisin. Ce jeune homme est plus vieux que nous donc véhiculé. J’aimais tellement danser que j’ai vite accepté d’être amenée. Mais, à force de m’emmener régulièrement, il a commencé à s’imaginer que nous allions continuer à nous fréquenter. Dès lors que j’ai commencé à cerner son caractère, j’ai pris mes distances. Il était jaloux. Moi, je souriais, je dansais avec les autres, j’étais amicale et joyeuse et ça ne lui plaisait pas du tout. Au moment où il a commencé à me faire des réflexions à ce sujet, j’ai compris qu’il voulait aller plus loin que ce que je voulais, j’ai donc arrêté de venir avec lui. J’ai préféré y aller par mes propres moyens plutôt qu’avec ce garçon. 

Quelques temps plus tard, c’était un après-midi, j’ai remarqué un jeune homme qui me regardait. Il ne dansait pas, mais il était là. À la fin du bal, il m’a abordée et m’a proposé de boire un rafraîchissement. C’était Michel.  

(insertion QR Code audio – la rencontre avec Michel) 

Comme le voulait la coutume, il est plus tard venu demander ma main à mes parents à la ferme du Villeret. Mes parents ont dit oui, car ils savaient que j’étais d’accord. Michel avait 23 ans et moi, j’avais 18 ans. Nos parents se connaissaient déjà car à Chanaleilles, tout le monde se connaît.  

Avant notre mariage, Michel travaillait à Marseille chez son oncle. Il était en charge du revêtement des sols sur les bateaux. Je savais donc qu’à notre mariage, nous partirions vivre dans le sud, près de la mer Méditerranée et qu’une autre aventure m’attendrait. 

Il avait d’ailleurs 5 ans de plus que moi donc il avait déjà fait son service militaire et avait déjà étudié au Puy en Velay où il avait eu son bac. Avant de le rencontrer, Michel avait été envoyé à Arzew, près d’Oran à l’âge de 18 ans. Bon, il ne faut pas le plaindre pour ce déplacement militaire car il était au bord de la mer et travaillait dans les bureaux.