La joie de vivre, cette force qui m’accompagne
J’ai une neuropathie, ce qui fait que je me déplace tout le temps avec un déambulateur. Et depuis trois ans, je ne conduis plus.
J’ai découvert que j’avais cette maladie le jour où j’ai commencé à rencontrer des difficultés à freiner alors que je conduisais. En effet, un jour, en voiture, je me suis aperçue que je freinais difficilement. J’ai donc pris rendez-vous chez le médecin et, après 60 ou 65 ans de conduite, le médecin m’a annoncé qu’il fallait que j’arrête de conduire. À cause de cette neuropathie, mon pied droit a perdu de sa sensibilité. Moi qui adorais conduire, je partais régulièrement pour Chanaleilles, quatre heures de route, et c’était ma joie ! J’écoutais des CD, la radio… J’ai quand même réussi à conduire sans souci après le décès de Michel jusqu’en 2018, jusqu’au jour où le portail m’est tombé dessus.
Mais, malgré les épreuves et les moments difficiles, j’ai cette joie de vivre… que ce soit enfant avec mes parents, pendant les vendanges, à mes premiers bals jusqu’à aujourd’hui, avec ma maladie mais surtout avec tous mes proches qui m’entourent et l’église. Je ne sais pas d’où je viens, ni d’où je suis parfois, mais je sens que je suis souvent heureuse et que je vois toujours le verre à moitié plein. Bien sûr, aujourd’hui, la vie avec le déambulateur, c’est dur. Je me lève, il est là ; je me couche, il est là. Mais je garde ce sourire et cette joie de vivre. Je me dis qu’il y a pire.
Je suis si bien entourée. Isabelle m’emmène faire les courses ou chez le coiffeur, par exemple. Tout le monde est là quand j’ai besoin, tantôt lorsque je dois aller à la Timone, tantôt lorsque je dois utiliser l’ordinateur ou que j’ai un problème de portable. Quand ce n’est pas l’un, c’est l’autre. Vu mon état de santé, sans ma famille, je ne serais pas là. C’est peut-être un juste retour des choses, car jusqu’à mes 18 ans, j’étais moi aussi tout le temps là pour aider à la ferme.
Je souris malgré tout ce qui arrive, car la vie est ainsi faite, de joies et de peines. Autour de moi, mes enfants, mes sœurs et mes amis me demandent souvent comment je fais. Les décès sont difficiles, mais je me dis que le départ de Michel, par exemple, ce n’est pas moi qui l’ai choisi. Il est là-haut, et il faut donc que je continue de vivre.
Chacun vit les épreuves à sa manière. Quand Michel est parti, ma sœur Yvonne m’appelait et me disait : « Continue comme tu fais, continue de faire tout ce que tu fais. »
Aujourd’hui, alors que je raconte mon histoire, ma sœur Edith vient de perdre son mari. C’est un gros chagrin, un grand départ. Ses filles et elle ont vraiment souffert, car elles sont restées au chevet de leur père et époux jusqu’au bout. Je lui dis ce qu’Yvonne me disait à l’époque : « Continue de vivre, de voyager, pour tes filles et pour toi ». Mais lorsque je lui dis cela, elle me souffle qu’elle n’est pas comme moi. Elle me répond : « Il n’y a que toi qui peux raisonner comme ça. » Je comprends que cette force est très personnelle. Je comprends que c’est cette force qui m’accompagne et c’est elle que j’ai envie de transmettre à mes enfants, mes petits-enfants, mes arrière-petits-enfants et à toutes les générations futures.

Un si beau cadeau.
De gauche à droite : Manon, Gianni,
Geoffrey, Merryl, Daniel,
Nathalie, Louka, Coralie, Sandro, Aymeric, Joris.

Paupau,Florence
et Céline

Kathleen et Amandine
Le dernier voyage en date, c’est le week-end du 24 mai 2025 pour mes 80 ans. Ce sont mes enfants et mes petits-enfants qui me l’ont offert. Je ne voulais pas d’un tel cadeau, d’autant plus que me déplacer n’est pas toujours évident, mais mes enfants m’ont dit : « Tu le mérites bien. » Et quel mérite pour mes 80 ans ! J’ai été si gâtée.
Tous les enfants sont venus me chercher pour m’emmener à Marseillan. Je savais qu’ils seraient là, ainsi que certains de mes petits-enfants, mais j’ai eu des surprises, comme la venue des filles de ma sœur Edith ! Éric, qui venait de Lyon, est arrivé avec Christèle et Florence, et Christèle arrivait même de Paris ! Elles m’avaient fait la surprise de venir.
Nous sommes aussi allés au Cap d’Agde, en bord de mer, où nous avons fait de merveilleuses photos grâce à Amandine, l’épouse de Vincent, mon petit-fils. Amandine est enseignante et maintenant, elle fait des photographies pour les mariages, les baptêmes, les naissances… Lorsque nous étions au bord de mer, elle a été si patiente. Pendant deux heures elle nous a pris en photo. Nous étions quand même 22 personnes. Nous éclations de rire, nous nous dispersions mais Amandine a réussi à maîtriser la situation et à faire de magnifiques clichés ! Même avec moi, elle tentait des merveilleuses prises de vue alors que j’avais le fauteuil. Je lui disais : « tu ne montres pas le fauteuil roulant ! » Et à chaque instant, elle me rassurait.
Après cette session photo, nous sommes partis à Narbonne. J’adore la mer, et mes enfants le savent. Ils ont donc loué un bateau pour 24 personnes et nous sommes montés à bord ! Ce fut un moment suspendu, tous ensemble pour célébrer mes 80 ans. Ensuite, nous nous sommes retrouvés autour de grandes tables où nous avons mangé, et encore mangé, le dimanche à midi ! C’était une magnifique balade en mer qu’ils m’avaient organisée, sachant que j’aimais tant ça. Il y avait même les plus petits, Louka, Sandro et Gianni, qui n’avait qu’un an.
A 80 ans, la vie continue et les voyages aussi…

